Il n’aurait fallu…

Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que le mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne
Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
A l'immense été
Des choses humaines
Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffi
Pour faire à ma vie
Un grand collier d'air
Rien qu'un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins une rosée
Contre mon épaule
Un front qui s'appuie
A moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m'a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers
Un tendre jardin
Dans l'herbe où soudain
La verveine pousse
Et mon coeur défunt
Renaît au parfum
Qui fait l'ombre douce

Louis Aragon (1897 – 1982) – Le roman inachevé (1956)

Publié par Damien Fontvieille

Issu d’une formation en art appliqué à l’ébénisterie, complétée par un apprentissage en facture d’orgues où j'ai acquis un savoir faire technique en restauration et en construction d’instrument. Fort de cette expérience je m’oriente vers une formation de maquettiste-infographiste pour m’ouvrir par la suite vers le design global.

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